On n'écrit pas n'importe quand. Faire le choix de se mettre au bureau ne signifie pas créer du langage, faire des trouvailles formelles et produire de la belle matière à jeu. Ça résiste souvent. Il y a des jours où Pénélope rit sous sa cape. On défait ce qu'on vient d'inventer, on piétine, on écrase. Toutes les idées qui sortent semblent lourdes. Ce n'est pas très agréable. Je pense que ce n'est pas un problème de manque d'inspiration. Je vois ça dans le sens inverse. Ce sont des petits détails qui s'immiscent entre le geste d'écrire et l'invention qui empêchent cette « inspiration ». Un verre de trop la veille peut s'avérer un obstacle infranchissable pour l'écrivain. Ou alors des problèmes bêtes de la vie de tous les jours, un proprio véreux, des papelards à régler, le tas de lessive qui augmente... Voilà pourquoi je pars ! Voilà pourquoi je sillonne la Suisse en train. Je me libère et me perds. Je m'éloigne le plus possible de tous ces tracas et souffle au seul rythme que je m'impose. Mais parfois, hélas, même le Glacier d'Aletsch ne suffit pas ! Alors là, je ne comprends plus rien. J'angoisse un peu. Je reste coi.